Alzheimer : des soupçons de fraude mettent en doute 20 ans de recherches scientifiques

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La maladie d’Alzheimer touche 50 millions de personnes dans le monde. En l’absence d’avancées scientifiques, elle pourrait en toucher près de 152 millions d’ici 2050. Il s’agit donc d’un enjeu majeur de santé publique. Mais en dépit des travaux menés ces dernières décennies, les médicaments susceptibles de ralentir son évolution peinent à émerger. Se pourrait-il que des pistes de recherche frauduleuses aient induit les chercheurs en erreur pendant toutes ces années ? C’est ce que suggère une récente enquête parue dans la revue Science (source 1). 

Alertés par un jeune neurologue canadien, les journalistes ont enquêté pendant six mois sur des soupçons de falsification de données scientifiques. Plusieurs études sont concernées, dont un article publié dans Nature en 2006 par une équipe de l’Université du Minnesota, et cité plus de 2 300 fois dans des travaux ultérieurs. Les recherches questionnées ont notamment contribué à propulser l’hypothèse dite de la « cascade amyloïde » sur le devant de la scène.

Selon cette hypothèse, c’est l’accumulation de protéines amyloïdes à la surface des neurones qui initie un processus de dégénération au fil des années et finit par provoquer les symptômes de la maladie d’Alzheimer. C’est d’ailleurs sur ce principe que repose le premier médicament contre Alzheimer, l’aducanumab, homologué en 2021 aux Etats-Unis, et qui vaut actuellement une enquête à l’agence américaine du médicament (FDA). 

Des résultats pas si influents ?

L’enquête menée par les équipes de Science indique que des dizaines de figures publiées dans l’article socle paru en 2006, et des images de plaques de détection de protéines, auraient été falsifiées, ce qui jette le doute sur la validité des résultats publiés. À ce jour, les chercheurs impliqués nient toute inconduite, mais plusieurs experts interrogés par la revue Science confirment leur impression que ces données ont été manipulées.

Alors, si cet article a été souvent cité, quelle influence a-t-il eue sur les études qui se sont basées sur ces résultats. Sont-elles toutes bonnes à jeter ? La réponse n’est pas si simple. « C’est un papier précurseur dans la recherche sur les oligomères toxiques des protéines amyloïdes et c’est surtout à cette fin qu’il est cité par d’autres équipes de recherches », explique Jean-Charles Lambert, directeur de recherche à l’Inserm, neuroscientifique et spécialiste de la maladie d’Alzheimer au CHU de Lille, interrogé par Futura Santé (source 2).

Et nos confrères d’expliquer à quel point ce détail est important, « car ce n’est pas tant la méthodologie que les résultats qui sont soupçonnés d’être frauduleux : des images de Western Blot (une biotechnologie permettant de séparer et d’identifier les protéines d’un échantillon) auraient été trafiquées pour coller à l’hypothèse de départ ». Et, comme le précise Jean-Charles Lambert

Personne n’a réussi à reproduire les résultats concernant la protéine AB*56. À partir de ce moment-là, les résultats n’ont plus été pris au sérieux par la communauté scientifique.

Autrement dit, les articles soupçonnés de fraude ont été influents pour leurs méthodologies et non pour leurs résultats. Par conséquent, la potentielle fraude, aussi grave soit-elle, ne remet pas en cause l’hypothèse amyloïde. Elle permet en revanche aux chercheurs de comprendre pourquoi individu ne parvenait à répliquer les résultats de l’étude initiale. 



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