Comment se déroulent les séances de rééducation périnéales ?

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Qu’est-ce que le périnée ?

Ensemble complexe de muscles situé dans le bas du bassin, le périnée reste aujourd’hui encore une zone anatomique souvent méconnue des femmes… mais aussi des hommes ! « Ce n’est pas un hasard si le nerf qui innerve une bonne partie de la zone périnéale et des organes génitaux était autrefois appelé « nerf honteux », remarque le Dr Bernadette de Gasquet. Cette dénomination est révélatrice du voile pudique que les anatomistes d’antan ont jeté sur cette portion du corps humain… ». Appelé aussi plancher pelvien, le périnée s’étend comme un hamac de la face postérieure du pubis à l’avant jusqu’au coccyx à l’arrière. « Il permet les fonctions de miction, de défécation et de continence, poursuit la spécialiste. Ce muscle est également impliqué dans la fonction sexuelle et reproductive. Enfin, il assure un rôle de soutien des organes ».

Vous avez des fuites urinaires lorsque vous éternuez, vous riez ou fournissez un effort ? Vous ressentez des douleurs ou une gêne pendant les rapports sexuels ? Il est fort probable que vous ayez besoin d’une rééducation périnéale.

56 % des femmes auraient des problèmes d’incontinence urinaire, dont plus de 49 % avant 40 ans, précise le Dr. de Gasquet. Et ce ne sont pas uniquement des femmes ayant eu de nombreux enfants ou encore effectuant des travaux de force !

Mis à rude épreuve pendant la grossesse et l’accouchement, les muscles du périnée perdent en tonicité. Lors de la visite post-natale qui se déroule six semaines après la naissance, votre docteur ou votre sage-femme évaluera son tonus et déterminera si vous avez besoin ou non d’une rééducation. Sachez qu’une césarienne, une épisiotomie ou encore une déchirure ne sont pas des contre-indications à la rééducation périnéale.

Quand commencer la rééducation du périnée après l’accouchement ?

Les séances de rééducation périnéales débutent généralement six à huit semaines après l’accouchement. « Classiquement, on estime qu’il faut attendre six semaines car avec l’imprégnation hormonale, la réponse musculaire n’est pas la même, confie la spécialiste. Cependant, cette période du post-partum est à haut risque pour le périnée ! En effet, l’utérus est lourd, les ligaments distendus, les abdominaux trop « grands », le périnée détendu par les hormones. Or, la maman est souvent debout, son bébé dans les bras, dans une très mauvaise posture : le ventre en avant, les épaules en arrière. Sous prétexte que la grossesse n’est pas une maladie, on défie les lois de la pesanteur ! Mais, je rappelle, qu’il y a des prolapsus (descente d’organes) qui se fabriquent après l’accouchement parce que la mère en fait trop… ».  

Tout dépend du type de rééducation périnéale. En général, lors du premier rendez-vous, la sage-femme ou le kinésithérapeute effectuera un « testing manuel » afin d’évaluer la tonicité de votre périnée. Les techniques employées diffèrent ensuite en fonction des thérapeutes : rééducation manuelle, électrostimulation, biofeedback, etc. Une séance de rééducation dure en moyenne une trentaine de minutes au rythme de deux par semaine.

Quelles sont les différentes rééducations proposées ?

La rééducation manuelle

Grâce au toucher vaginal, le praticien indique à la patiente quel muscle elle doit contracter en l’orientant par des pressions légères. « La prise de conscience de la contraction musculaire et de sa localisation est plus aisée par la technique manuelle, confirme la Haute Autorité de Santé. Le thérapeute peut faire varier la force de la résistance et sélectionner la partie musculaire à solliciter ». De quoi retrouver rapidement un périnée tonique !

La rééducation par visualisation

La rééducation périnéale manuelle peut également se doubler d’exercices de visualisation. « La méthode CMP – connaissance et maîtrise du périnée – souvent dispensée par les sages-femmes – associe des exercices de visualisation au travail de renforcement, confirme le Dr. Bernadette de Gasquet. La femme est à demi-assise sur une table d’examen, genoux fléchis, pieds posés sur la table, cuisses écartées, et la thérapeute introduit ses doigts dans son vagin. Elle demande à la patiente de se représenter son vagin comme une grotte, de faire monter le « pont-levis » c’est-à-dire le muscle pubo-rectal, de contracter en superficie les « rideaux bonne femme », de visualiser la remontée de l’urètre et de la vessie, de contracter à droite et à gauche du vagin avec une grande variété d’images ». Dès lors que la femme parvient à visualiser son vagin, que son périnée répond et se mobilise, la prise de conscience est spectaculaire et le travail très fin. « Cette méthode a cependant ses limites, avoue le Dr. de Gasquet : la gêne éprouvée par certaines femmes à l’égard du toucher vaginal, une non-réponse périnéale (en cas d’atteinte neurologique, de problèmes de coccyx, etc.), des difficultés de visualisation, etc. C’est pourquoi, pour certaines patientes, l’électrostimulation sera plus adaptée, du moins au début… ».

L’électrostimulation

Plus rarement utilisée en post-partum, la rééducation périnéale par électrostimulation débute au minimum six semaines après l’accouchement. L’électrostimulation repose sur l’utilisation d’électrodes introduites dans le vagin qui permettent d’envoyer des impulsions électriques pour contracter le muscle pubo-rectal. « C’est totalement indolore, rassure le Dr. de Gasquet. La femme prend ainsi conscience de la localisation des muscles, perçoit les sensations de contraction et de détente, qu’elle ne pourrait peut-être pas ressentir sans cette aide si son périnée répond très peu. Elle peut ensuite reproduire plus facilement ces contractions. Si les réponses sont suffisantes, l’électrostimulation ne sera plus nécessaire. Seul le biofeedback sera pratiqué avant de passer peut-être à la rééducation manuelle ».

Le biofeedback

Le biofeedback, quant à lui, permet à la patiente de vérifier l’efficacité de ses contractions grâce à une sonde placée dans son vagin. Cette sonde connectée retranscrit en temps réel l’activité musculaire et l’effort réalisé. « Cette technique de rétrocontrôle aide les patientes à la prise de conscience du fonctionnement du plancher pelvien, qu’elle soit correcte ou incorrecte », indique la Haute Autorité de Santé.

Une rééducation périnéale qui a toutefois ses limites. « Le problème est qu’on ne s’intéresse qu’aux muscles et au renforcement de la musculature, alerte le Dr. de Gasquet. Il n’y a pas de prise en compte de la globalité, des particularités morphologiques et psychologiques de chacune, des facteurs de risques. En outre, le plus souvent, la rééducation est faite dans la pire des positions : à demi-assise, pliée en deux, tassée, les jambes écartées. Le diaphragme ne peut pas bouger et c’est la position où le périnée est le moins mobile ! »

Rééducation périnéale : sage-femme ou kiné ?

La rééducation du périnée peut être réalisée par une sage-femme ou un kinésithérapeute. À vous de choisir le praticien avec lequel vous êtes le plus à l’aise et en confiance. Lors du premier rendez-vous, un toucher vaginal permettra de vérifier l’état du périnée et de déterminer le nombre de séances nécessaires à sa rééducation.

Combien de temps faut-il pour muscler son périnée ?

Tout dépend de l’état de votre périnée après l’accouchement ! En général, il faut compter entre 5 et 10 séances pour retrouver une certaine tonicité. La prescription médicale automatique est de dix séances. Certaines patientes auront besoin de plus de temps, d’autres de moins. La rééducation périnéale est entièrement prise en charge par la sécurité sociale. 

Il est recommandé aux femmes de lever le pied les premières semaines après leur accouchement afin de préserver leur périnée. « Il ne faut pas le renforcer, il faut le protéger, c’est-à-dire ne pas pousser dessus », précise la spécialiste.

Et ajouter : « en parallèle de toute rééducation périnéale, il est primordial que chaque mère venant d’accoucher soit attentive à :

  • ne pas tomber dans le cercle vicieux de la constipation,
  • adopter les bonnes positions au quotidien, notamment en portant son bébé,
  • éviter la gravité et limiter les pressions abdominales ».

Cela signifie de ne pas rester trop longtemps debout, d’éviter de porter des charges lourdes comme la nacelle de la poussette ou les courses, et si nécessaire d’utiliser une gaine de maternité du type Hobby, inspirée du Japon.

Renforcement du périnée : quels sont les exercices qu’on peut réaliser chez soi ?

Après l’accouchement, certains exercices permettent de stimuler l’utérus – qui va se rétracter plus vite et donc s’alléger – et de moins écarter les grands droits. Le Dr. Bernadette de Gasquet préconise, par exemple, de réaliser la fausse inspiration thoracique (FIT©). « Il s’agit d’expirer à fond – alors le diaphragme remonte – puis de fermer la bouche et le nez en pinçant les narines avec les doigts et de faire semblant d’inspirer en gonflant la poitrine alors que l’air ne rentre pas. Cet exercice simple et très puissant a des effets particulièrement intéressants sur le périnée puisqu’il permet de prendre conscience que celui-ci s’ouvre vers l’intérieur et non en poussant dessus ».

Rééducation du périnée et césarienne

Ce n’est pas parce que votre enfant est né par césarienne et non par voie basse qu’il faut pour autant zapper la rééducation périnéale après l’accouchement. Au contraire ! Entre le poids du bébé dans l’utérus et le relâchement des tissus, le périnée est très sollicité pendant la grossesse. Il est donc également nécessaire de faire un bilan pour vérifier sa tonicité et d’entamer si nécessaire une rééducation dès la cicatrisation terminée.



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