Dépression et alcool : quels sont les risques ?

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L’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable avec presque 50 000 décès annuels en France, rappelle Bernard Antoine. « L’alcool est particulièrement démocratisé dans certains pays, notamment en France, pays fortement consommateur et exportateur. Il y existe un très grand lobby de l’alcool ainsi qu’un énorme déni concernant les effets de ce dernier sur la santé ». 

Quel est le comportement d’une individu alcoolique ?

C’est bien connu : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Mais,« lorsqu’on boit et que l’on reste en-dessous de la zone d’ivresse, cela ne constitue pas fondamentalement un danger », explique Bernard Antoine.« On peut boire de l’alcool avec modération. Il est tout à fait possible d’être un buveur régulier d’alcool sans avoir de problème d’alcoolodépendance, ce qui n’est pas le cas du tabac).

Ainsi, il existe plusieurs stades avant d’atteindre celui de l’alcoolisme.

  • Le buveur régulier : « le stade du buveur régulier, convivial, sans dépendance, qui boit de temps en temps quand il le choisit, sans être ivre, pas tous les jours, pas dans la journée… La plupart des gens sont dans ce cas-là », note Bernard Antoine ;
  • L’alcoolodépendant : « les alcoolodépendants ne sont pas forcément alcooliques. Ils ont une forme de dépendance sans le savoir, plutôt psychologique, dans laquelle ils ne peuvent plus tellement vivre en société ou passer une soirée sans boire. Certains vont aussi utiliser l’alcool sans le savoir pour calmer une anxiété, ils vont boire seul.e le soir, etc. ».

La frontière de l’alcoolisme est compliquée, admet Bernard Antoine, mais il existe tout de même des indicateurs : les gens qui boivent dans la journée et/ou le matin en se réveillant, ceux qui ont des crises de ‘craving’, des manques, désirs impérieux de boire de l’alcool, des tremblements essentiels, etc.

« On considère qu’on peut boire de l’alcool à partir du moment où on n’en boit pas tous les jours et à partir du moment où on ne va pas utiliser le médicament qu’il constitue pour entrer dans un état modifié de conscience ».

Pourquoi la consommation abusive d’alcool rend dépressif ?

« Lorsqu’une individu boit de l’alcool, le produit a plutôt tendance à la faire se sentir bien : ce dernier a un effet anxiolytique« , note Bernard Antoine. « Mais en réalité, cela ne fait qu’aggraver le problème. Car le lendemain, et sur le long terme, l’alcool a un effet totalement dépressogène ».

« Dans le cas d’une humeur dépressive, l’alcool apportera d’abord un soulagement, mais,dans un deuxième temps, il aggravera la dépression. Après quoi, vous voudrez boire davantage, et ainsi de suite », note le site Aide Alcool (Source 1). « Lorsque vous en consommez souvent et en plus grandes quantités, uncercle vicieux peut se mettre en place ».

« À partir du moment où la individu prend le produit pour calmer une anxiété, elle va rentrer dans un mécanisme de tolérance« , ajoute Bernard Antoine. « Il va falloir augmenter progressivement les doses pour se calmer ».

L’alcool, un mauvais anxiolytique contre l’angoisse et l’anxiété

« L’alcool est donc un mauvais anxiolytique qui rend dépressif », déclare l’addictologue. Il est un agent dépressifpour le système nerveux central« Lorsqu’on boit de l’alcool, on active dans le cerveau des systèmes bien reconnus (celui de la récompense par exemple), qui vont eux-même activer deux neurotransmetteurs impliqués dans la dépendance de l’alcool : le GABA (acide gamma-aminobutyrique) et le glutamate. Pour des gens dépressifs, les consommations excessives d’alcool vont découpler les deux fonctionnalités de ces neurotransmetteurs ».

« L’alcool a des effets dépresseurs (diminution des fonctions cérébrales, fatigue, difficultés de concentration, tristesse) qui sont liés à ses interférences avec le fonctionnement de plusieurs neuromédiateurs », ajoute le site Aide Alcool (Source 1).

Abus d’alcool et dépression : les femmes particulièrement touchées

« Les femmes seraient particulièrement touchées : elles seraient plus sensibles que les hommes aux problèmes de dépression et d’alcool », remarque Bernard Antoine.« Pour autant, je reçois des alcoolodépendants tous les jours dans mon cabinet, et il y a autant de femmes que d’hommes ».

« L’alcoolisme est une maladie complexe, définie par les addictologues comme neurobiospychosociale« , explique Bernard Antoine. La prise en charge de l’addiction à l’alcool doit être multidisciplinaire. Généralement, c’est toute une équipe pluridisciplinaire qui intervient pour étudier toutes les facettes du patient.

« Il n’existe malheureusement pas de traitement », déclare l’expert.

Il y a eu un grand engouement autour du baclofène, vendu comme un « produit miracle » pour traiter la dépendance. Pourtant, la communauté scientifique est encore très divisée. Pour ma part, je pense que l’alcoolisme est une maladie, et la seule façon d’en sortir, c’est par une abstinence totale et à vie. La priorité, c’est d’envisager un sevrage, c’est-à-dire un arrêt de l’alcool.

Un sevrage qui doit être bien encadré. « L’arrêt est souvent compliqué,car il entraîne des symptômes. Il peut faire resurgir des dépressions, des manques, des cravings… », ajoute-t-il. « De plus, l’arrêt brutal de l’alcool chez un alcoolique chronique peut entraîner la mort : on parle de la crise du delirium tremens ».

Au cours des semaines qui suivent l’arrêt ou la réduction de la consommation de l’alcool, les troubles dépressifs disparaissent généralement progressivement. Une psychothérapie de soutien peut être indiquée. La plupart des programmes thérapeutiques se basent sur une association de traitement médicamenteux et de thérapies cognitives et comportementales (TCC). Toutefois, une psychothérapie sans sevrage pourra durer des années sans résultat.

Le traitement médicamenteux

« Le seul traitement médicamenteux à prescrire sont les anxiolytiques au début du sevrage, pour aider à faire face aux symptômes ; on utilise fréquemment le valium pendant deux ou trois mois », note Bernard Antoine.

Est-ce que l’alcool augmente l’anxiété ?

Oui : c’est le même cercle vicieux que pour la dépression. Pour apaiser et calmer son anxiété, la individu va consommer de l’alcool pour comme un anxiolytique. Mais une consommation chronique provoque de l’anxiété et parfois une anxiété généralisée (trouble anxieux généralisé) sur le long terme. Dans certains cas restants, le trouble anxieux déjà présent est responsable des conduites d’alcoolisations. 

Psychologue, addictologue, groupes de parole : vers qui se tourner ?

Généralement, face à une dépression et à une consommation abusive d’alcool, il faut traiter les deux pathologies.« Toute individu alcoolique est dépressive, sans exception« , déclare Bernard Antoine

Il est nécessaire d’aider les personnes avec des approches multidimensionnelles. Je crois beaucoup aux groupes de paroles. Les meilleurs dans ce domaine sont les Alcooliques Anonymes (AA). Je pense que l’addictologue peut être un bon premier contact, mais il faut qu’il aiguille ensuite le patient vers les bonnes personnes, les bons professionnels de santé.

« Il est également très important d’aider les personnes autour de la individu alcoolique, qu’on appelle les codépendants. Ces derniers doivent se tourner vers les aidants pour se faire aider, justement », ajoute-t-il.

Dépression après l’arrêt de l’alcool

Seul un petit nombre de personnes continuent à présenter des troubles ou un état dépressifs après l’arrêt de l’alcool, pendant plusieurs semaines. Ces troubles dépressifs peuvent être éventuellement traités avec des médicaments, de préférence en combinaison avec une psychothérapie ou un accompagnement psychosocial.



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