Dysmorphophobie : qu’est-ce que c’est ? Comment la traiter ?

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Qu’est-ce que la dysmorphophobie ?

« Il s’agit d’une vision déformée de soi, en décalage avec la réalité. La individu peut être maigre et se voir grosse, ou être en surpoids et se voir normale », explique Virginie Megglé, psychanalyste et auteur de Hyperémotifs, survivre à la tempête intérieure, aux éditions Eyrolles.  L’image que la individu voit d’elle-même correspond plutôt à son ressenti émotionnel qu’à quelque chose d’objectif. »

La individu souffrant de dysmorphophobie est préoccupée par un défaut concernant son physique : l’ensemble de son corps, ou seulement une partie : son visage, ses seins, ses cuisses

« Elle va vouloir influer directement sur son corps pour effacer ce défaut. Elle va chercher à se sculpter, à s’effacer, détaille la psychanalyste. En agissant sur son physique, elle a l’espoir d’atteindre son objectif idéal. Mais sa perception d’elle-même est erronée. Elle cherche à se rassurer, mais agir sur soit directement est insuffisant pour se rassurer. D’où le fait que cela entraîne un ‘toujours plus’. La individu dysmorphophobique étant aveuglée. »

Ne pas confondre avec la dysmorphie corporelle

La dysmorphophobie ne doit pas être confondue avec la dysmorphie. Cette dernière se définit par une anomalie de la forme d’un organe ou d’une partie du corps, alors que la dysmorphophobie est la peur obsessionnelle d’une anomalie physique qui n’existe pas dans la réalité.

Cette surpréoccupation d’un défaut physique qui devient obsessionnelle concerne environ 2 % de la population générale.

Qui est touchée par la dysmorphophobie ? 

Ce trouble mental touche principalement les femmes. « Il s’agit de personnes mal dans leur peau, qui manquent de confiance en elles, et qui ont une grande vulnérabilité émotionnelle », explique Virginie Megglé.

La dysmorphophobie touche les femmes anorexiques qui se voient toujours plus grosses qu’elles ne le sont dans la réalité, mais également celles qui enchaînent les interventions de chirurgie esthétique.

Quels sont les symptômes de la dysmorphophobie ? 

Virginie Megglé donne les signes qui évoquent une dysmorphophobie chez une individu :

Vérifier de manière obsessionnelle son image corporelle dans la glace.

Trouver grosse des personnes du même poids que soi sans se trouver forte soi-même.

Trouver maigre des personnes du même poids que soi sans se trouver maigre soi-même.

« Les personnes dysmorphophobiques ont généralement une grande exigence envers elles-mêmes, elles sont sévères avec elles », conclut la psychanalyste.

La individu dysmorphophobique est en souffrance, familiale, sociale. Elle a besoin d’un accompagnement pour pouvoir se sortir de ce trouble. D’autant que la individu souffrant de dysmorphophobie, n’aimant pas son apparence, peut se replier sur elle-même, s’isoler socialement, voire sombrer dans la dépression.  

Quelle aide l’entourage peut apporter à une individu dysmorphophobique ? 

« Aider une individu dysmorphophobique n’est pas facile, avertit la psychanalyste. Il faut que son entourage l’accepte comme elle est afin de l’amener vers un chemin de guérison, sans la juger. Si la individu dysmorphophobique n’est pas en confiance, elle ne pourra pas reconnaître qu’elle souffre d’un trouble car sa vision de la réalité est totalement décalée. Sa prise de conscience est très difficile. »

Besoin d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) 

 Le recours à une psychothérapie est indispensable, et il faut se donner le temps. « La individu dysmorphophobique qui consulte voudrait, comme toujours, se débarrasser rapidement de ses symptômes, précise Virginie Megglé. D’autant plus qu’aujourd’hui, on évolue dans un monde qui vit dans l’urgence. Mais il faut du temps, minimum six mois, pour apprendre à avoir un regard bienveillant sur soi. Il ne suffit pas de reprendre du poids, quand on est trop maigre ou de perdre des kilos quand on en a trop, il faut apprendre à se sentir bien dans son corps et dans sa tête, s’affirmer et ne plus se sentir en danger. »

L’espace thérapeutique doit être comme un ‘petit nid d’amour’ où la individu souffrant de dysmorphophobie a le droit d’être vulnérable, d’être acceptée telle qu’elle est. Le thérapeute doit faire preuve d’une présence inconditionnelle.

« Cette attitude l’aidera à faire connaissance avec elle, à s’affirmer, à se considérer avec bienveillance, à s’accepter sans plus avoir besoin de se modifier », explique Virginie Megglé.

En ayant moins peur du monde, la individu dysmorphophobique se verra plus en conformité avec la réalité. Elle n’aura plus d’effet loupe vis-à-vis de son corps. Petit à petit elle retrouvera une certaine harmonie. « Mais, pour cela, il faut compter une séance d’une heure par semaine pendant, au grand minimum, six mois. »

 La famille doit-elle s’impliquer dans cette psychothérapie ? 

Tout dépend de la individu. « La famille ne pourra s’impliquer que si la individu dysmorphophobique donne son accord », prévient Virginie Megglé.

Tout dépend également de la période : on n’agira pas de la même manière à l’adolescence que chez une individu souffrant de cette perception erronée d’elle-même depuis plusieurs années.

« Chez une adolescente qui imagine ses seins ou ses cuisses énormes car elle ne reconnait plus son corps de petite fille, ou qu’elle se sent gênée du regard que des adultes portent sur elle, il peut être bien de recevoir également les parents, précise la psychanalyste. Notamment le père pour qu’il fasse attention à sa façon de regarder sa fille tandis qu’il découvre qu’elle devient une jeune fille. En revanche, chez une femme qui souffre de dysmorphophobie depuis plusieurs années, il peut être préférable qu’elle reprenne des forces seules, n’ayant peut-être pas un bon rapport avec son entourage. »

Quand avoir recours aux médicaments ?

Dans certains cas graves (pensées suicidaires, troubles anxieux), le recours à des médicaments antidépresseurs peut être nécessaire. On fait alors appel à des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine.

La sophrologie : une aide complémentaire à la thérapie

Une individu dysmorphophobique peut, en complément d’une psychothérapie, suivre un accompagnement avec un sophrologue certifié.

La dysmorphophobie étant la « peur obsessionnelle d’une anomalie physique qui n’existe pas en réalité« , elle engendre, chez la individu qui en souffre une « différence entre sa perception émotionnelle et physique« , comme l’indique la psychanalyste Virginie Megglé. Les perceptions physiques et émotionnelles d’une individu souffrant de dysmorphophobie sont déconnectées, dysharmoniques. Il faut l’aider à retrouver l’harmonie entre ses ressentis corporels et émotionnels. 

« La sophrologie étant une méthode psychocorporelle, elle permet à l’individu de travailler sur ses différentes perceptions : corporelles, mentales et émotionnelles, détaille Clémentine Joachim, sophrologue certifiée. Appréhendant l’individu dans sa globalité, elle l’aide à retrouver cet équilibre entre le corps et l’esprit. »

Le principe d’intégration du schéma corporel participe de la recherche de cette harmonie. Cette pratique de la sophrologie consiste à développer la représentation globale que l’individu a de lui-même.

« Cela signifie que tout au long de l’accompagnement en sophrologie, la individu dysmorphophobique est amenée à développer la conscience qu’elle a de son corps « connu » (le physique, l’image du corps), de son corps « vécu » (les sensations de chaud/froid, les battements du coeur, les contractions musculaires…) et de son corps « exprimé » (les émotions, les pensées). Elle va ainsi être capable de reconnecter ses ressentis entre son corps, son mental et ses émotions », détaille la sophrologue.

Par ailleurs, la sophrologie apprend à l’individu à être à l’écoute objective de toutes ses perceptions. On retrouve ici le principe de réalité objective, fondamental en sophrologie, selon lequel le sophrologue guide l’individu à accueillir ses ressentis tels qu’ils sont objectivement, sans préjugés. « En portant un regard bienveillant sur soi (son corps, son mental, ses émotions) et détaché de tout jugement et a priori, la individu retrouve peu à peu l’objectivité et l’harmonie recherchées », conclut Clémentine Joachim. 

En d’autres termes, la sophrologie aide une individu dysmorphophobique à développer une conscience objective d’elle-même, à retrouver confiance en elle et à restaurer l’estime de soi.

A l’instar d’une psychothérapie, l’accompagnement en sophrologie est également à envisager sur plusieurs mois pour que les bénéfices soient durables et pérennes. 

Dysmorphophobie : peut-on rechuter ?

« Si le travail de confiance en soi a bien été fait, que la patiente ne souffre plus de différence entre sa perception émotionnelle et physique, il n’y aura pas de rechute », rassure Virginie Megglé.



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