Epilepsie : les ultrasons peuvent aider à prévenir les crises chez certains patients

0 0



L’épilepsie est l’un des troubles neurologiques les plus répandus derrière la migraine et les démences : environ 600 000 personnes sont touchées en France, et 60 millions dans le monde selon la Fédération pour la Recherche sur le Cerveau. Due à une excitation anormale et synchronisée d’un groupe de neurones, elle se manifeste sous forme multiple, allant de la perte de conscience jusqu’aux crises convulsives connues. Si dans 70% des cas la maladie peut être contrôlée par médicaments, 30% des patients présentent des épilepsies réfractaires : les traitements ne parviennent pas à interrompre les crises, d’où la nécessité de développer des solutions thérapeutiques alternatives.

En cas de pharmacorésistance, la chirurgie peut être envisagée à condition que la zone responsable des crises soit bien délimitée et à distance de régions hautement fonctionnelles. Des approches dites palliatives, faisant appel à de la neurostimulation, sont également développées depuis une trentaine d’années pour diminuer la fréquence des crises. Ces techniques consistent à moduler, directement ou à distance, l’excitabilité des neurones responsables des crises afin d’en diminuer leur fréquence et/ou leur durée. Plusieurs méthodes sont proposées : non invasives (stimulation magnétique transcrânnienne), semi-invasives (stimulation du nerf vague) ou invasives (stimulation cérébrale profonde).

La neuromodulation par ultrasons, technique plus récente et moins invasive

L’utilisation de ces méthodes varie en fonction de la problématique soulevée par chaque patient épileptique, mais comme le précise la Fédération pour la Recherche sur le Cerveau, « chaque technique présente certaines limites, comme le caractère invasif ou le manque de spécificité spatiale. » Des chercheurs du Taipei Veterans General Hospital  se sont intéressés à une technique plus récente et non invasive de neuromodulation : la stimulation par ultrasons. Les résultats de leur étude publiée dans la revue « Epilepsia » suggèrent que les ultrasons focalisés peuvent être utilisés pour cibler de manière non invasive les circuits cérébraux des patients qui ne répondent pas aux médicaments anti-épileptiques standards.

Dans l’étude en question menée sur six patients atteints de crises épileptiques résistantes aux médicaments, deux patients ont eu moins de crises dans les trois jours suivant la réception d’ultrasons focalisés tandis qu’un patient a montré des signes de crises subcliniques plus fréquentes (qui ne sont pas ressenties par l’individu). Les tests d’imagerie médicale réalisés après le traitement n’ont révélé aucun effet négatif grave sur le cerveau. L’équipe scientifique précise néanmoins que l’un des patients a signalé avoir ressenti de la chaleur sur le cuir chevelu pendant le traitement, tandis qu’un autre patient a présenté une altération temporaire de la mémoire qui s’est résolue en trois semaines.

« Un espoir pour les patients épileptiques qui résistent aux médicaments »

« La neuromodulation est un traitement alternatif de l’épilepsie pharmacorésistante. Par rapport aux modalités actuelles utilisées dans la neuromodulation pour l’épilepsie, les ultrasons focalisés peuvent accéder à des régions cérébrales plus profondes et se concentrer sur la cible principale du réseau épileptique dans une approche relativement moins invasive. », explique l’auteur principal de l’étude le Dr Hsiang-Yu Yu. « Cela donne un nouvel espoir et jette un nouvel éclairage pour les patients atteints d’épilepsie résistante aux médicaments. », conclut-il. Mais étant donné qu’il s’agit d’une étude de phase I, l’équipe scientifique compte poursuivre ses recherches auprès d’une plus grande cohorte de patients.

Ce n’est pas la première fois que l’efficacité potentielle de la neuromodulation par ultrasons est évoquée. En avril 2020, une étude menée par des chercheurs des Instituts de technologie avancée de Shenzhen de l’Académie chinoise des Sciences sur des singes atteints d’épilepsie et publiée dans la revue Theranostics révélait qu’après 30 minutes de traitement par ultrasons pulsés de faible intensité, le nombre total de crises mesuré sur une durée de 16 heures, ainsi que la fréquence des crises par heure, ont été réduits de 40%. Outre l’épilepsie, cette technique pourrait faire office de traitement clinique potentiel pour des troubles neurologiques comme la dépression ou la maladie de Parkinson.



Source

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

Average Rating

5 Star
0%
4 Star
0%
3 Star
0%
2 Star
0%
1 Star
0%

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *