Guillaume Martin, une lueur dans la nuit

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Une nouvelle fois, il s’est extrait du peloton dans les premiers kilomètres de l’antépénultième étape, vendredi 19 septembre. Mais, comme la veille dans l’ascension du Cormet de Roselend, ou, deux jours plus tôt, dans la côte de Revel, Guillaume Martin n’a pas obtenu de bon de sortie. « La Jumbo-Visma m’a littéralement fait comprendre que ce n’était pas envisageable, que j’étais trop près au général », regrettait, mardi, le Français. Trop près, et pourtant si loin, comme un résumé de la 107e édition du Tour de France pour le leadeur de la Cofidis.

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On attendait Thibaut Pinot (Groupama-FDJ), qui assumait ses ambitions de victoire finale, mais elles se sont fracassées sur le bitume de la promenade des Anglais, dès la première étape. Romain Bardet, débarqué en cachant son jeu, semblait pouvoir surprendre, mais le leader d’AG2R La Mondiale a été contraint de quitter le Tour à la suite d’une commotion cérébrale.

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Dans la nuit dans laquelle a été plongé le cyclisme français lors de ce Tour de France (aucun coureur dans le top 10), Guillaume Martin aura entretenu une lueur d’espoir. Loin du podium – avant le contre-la-montre, samedi, précédant l’arrivée à Paris, il pointait à la 12e place, à 13 minutes 16 secondes du maillot jaune –, mais premier des coureurs nationaux.

« J’aime la montagne, confiait Guillaume Martin au Monde avant le départ de Nice. Les bosses, grimper, lutter contre la gravité, j’ai toujours aimé. Et je continue d’éprouver ça, d’expérimenter ce plaisir de me confronter à la pente. » Si sa région natale, la Normandie, n’est pas réputée pour ses sommets, il est « originaire d’un coin surnommé “la Suisse normande” », qui, si « ce n’est pas de la haute montagne, peut s’apparenter à de la montagne, de loin ».

Chute et bris de dérailleur

La montagne, il l’a vue de près, lui qui a profité du confinement et de l’arrêt de la saison pour peaufiner sa préparation en altitude. Dès la première arrivée au sommet, à Orcières-Merlette, lors de la quatrième étape, il a jailli dans la pente pour empocher des bonifications, à la suite du duo slovène Roglic-Pogacar.

Jusqu’au Massif central, ce « Tour des cinq massifs français » – les mots de Thierry Gouvenou, le directeur de course, responsable du tracé – lui a plutôt réussi. « Les neuf premières journées étaient vraiment parfaites, il a pu accompagner les grands leadeurs, constate Samuel Bellenoue, son entraîneur depuis sa période amateur, qui l’a accompagné dans la formation nordiste. Et puis il y a eu cette petite chute, qui n’est jamais anodine, sur l’étape des îles [Oléron-Ré, au lendemain de la première journée de repos]. Il n’aime pas chercher d’excuses, mais il a eu une petite gêne, et ça a altéré son très bon rendement. »

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L’ascension du puy Mary, lors de la 13e étape le 11 septembre, aura coûté sa place sur le podium à son poulain, « monté au max, mais arrivé occis » par le rythme imposé par les coureurs de l’équipe Jumbo-Visma. A partir de là, le Français a régulièrement lâché du temps sur les principaux favoris dans les dernières ascensions.

« Je n’ai pas de complexe, et je n’ai pas à en avoir », avait pourtant assuré quelques jours plus tôt le coureur, après les Pyrénées, tout en prévenant : « C’est le physique qui va parler, et j’aurai certainement des jours plus difficiles. » Face au train imposé par les coéquipiers du maillot jaune, Primoz Roglic, le Français n’a pas tenu la cadence dans les Alpes.

Il n’a pas non plus été épargné par le sort. Ayant rattrapé les favoris à l’approche du Grand Colombier, final de la 15e étape dimanche 13 septembre, il a été contraint de changer de vélo, victime d’un bris de dérailleur. Et a dû escalader en solo la « pyramide du Bugey », perdant à nouveau du temps sur les meilleurs.

Un leadeur inspirant

« C’est la course, ils sont excessivement forts, constatait Martin mardi. Là où j’aurais eu des regrets, c’est si j’étais resté tout le temps dans les roues sans rien tenter. » Offensif de tempérament, le leadeur de la Cofidis a dû dompter ses fourmis dans les jambes, en première semaine notamment, pour ne pas se lancer à l’offensive au risque de tout perdre.

« On a été obligé de le freiner, on lui a demandé d’attendre le plus longtemps possible », relatait avant la 4e étape le manageur de la formation nordiste, Cédric Vasseur, la tactique de l’équipe étant de viser une belle place au général.

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En quête de victoire sur le Tour depuis 2008, Cofidis s’est trouvé en Guillaume Martin un leadeur inspirant. « Guillaume est très pro, il ne laisse rien au hasard, observe son équipier Nicolas Edet, qui l’a découvert dans cette année rabougrie par le coronavirus. Il est très minutieux sur l’entraînement, sa diététique, le matériel… Ça donne à l’équipe une nouvelle énergie, qui pousse le staff à aller encore plus de l’avant et améliorer certaines choses. »

« Je suis très content qu’on me parle plus de mon niveau athlétique que de philosophie », Guillaume Martin

S’il achève le Tour – sauf exploit ou catastrophe lors du contre-la-montre de la Planche des Belles Filles – à la même position que l’an passé, où il portait les couleurs de l’équipe belge Wanty-Gobert, Guillaume Martin observe un changement dans la perception qu’on a de lui. « Je suis très content qu’on me parle plus de mon niveau athlétique que de philosophie », souriait le Français lundi, s’étant défait de l’étiquette de « cycliste philosophe » – en raison des ses études, ses livres et ses chroniques. Un sparadrap qu’il assume, mais refuse d’être défini par lui.

Tout comme il s’agaçait, en début de Tour, que le qualificatif « surprise » soit accolé à son nom. « Je ne sors pas de nulle part », répète-t-il, rappelant le Tour de l’an passé, achevé à la 12e place, déjà. « Guillaume a fait ses preuves par le terrain, a pris son temps et s’est amélioré progressivement. Ses performances ne sont pas délirantes, et sont tout sauf une surprise », corrobore son entraîneur.

« Guillaume a une âme de leadeur, il sait ce qu’il veut, il est déterminé, et il arrive petit à petit là où il souhaiterait être, prolonge Nicolas Edet. Evidemment, il voudrait plus être dans le top 10, voire dans le top 5 du Tour qu’à sa place actuelle, mais il se donne les moyens d’y arriver. Il n’a peur de individu, et ne doute pas beaucoup de lui. »

Au départ de la troisième semaine, le Français se fixait comme double objectif « une victoire d’étape et le top 10 au classement général ». Il n’aura obtenu ni l’un ni l’autre. Pourtant, son Tour n’est pas raté et recèle des promesses. Celles d’un coureur épanoui et ambitieux. Comme il l’admettait, après les Pyrénées, « le Tour, je ne me bats pas pour le gagner. Pas pour l’instant. »

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