Ils ont gravi le K2 en hiver : « L’impossible est devenu possible ! »

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C’était l’un des derniers grands défis en alpinisme : gravir en hiver le K2, 8 611 mètres, deuxième plus haut sommet du monde. Il vient d’être relevé avec succès le 16 janvier par une équipe de neuf Népalais – des Sherpas – emmenée par Nirmal Purja alias Nims Dai, Népalais lui aussi, ancien membre des forces spéciales britanniques. « L’impossible est devenu possible ! a déclaré sur son compte Instagram Nims Dai, 37 ans, qui, en 2019, a gravi les 14 plus hautes montagnes du monde en sept mois. Nous sommes fiers d’avoir pris part à l’histoire de l’humanité et de montrer que collaboration, travail d’équipe et une attitude mentale positive permettent de repousser les limites de ce que nous pensons être possible. »

Le compte instagram de Nims Dai

Par -40 degrés, après trois semaines de lutte acharnée contre les éléments, les grimpeurs ont atteint à 17 heures heure locale le sommet pakistanais. A la surprise de tous, Nims Dai a annoncé le 18 janvier sur Instagram y être parvenu sans prendre d’oxygène. Par le passé, le grimpeur avait été critiqué pour en avoir utilisé, une pratique assimilé par certains à du dopage. Les autres membres de l’équipe du K2 n’ont pas précisé s’ils en avaient fait l’usage, mais sur des photos de l’ascension, certains portent un masque à oxygène.

Pour comprendre ce qu’il y a d’exceptionnel dans cette ascension, il faut se figurer cette montagne, réputée bien plus redoutable que l’Everest, 8 850 mètres, plus haut sommet du monde. Ecoutez ce qu’en dit Greg Child, alpiniste australien qui l’a gravie en 1990 :

« Le K2 est une mise à l’épreuve, une personnification géologique de l’angoisse. L’escalader est une confrontation permanente avec la peur de la mort. » L’Himalaya en hiver : « On devait entrouvrir les tentes, sinon elles gelaient de l’intérieur »

Depuis sa conquête par les Italiens en 1954, quelque 87 grimpeurs ont perdu la vie sur les flancs de cette pyramide parfaite de gneiss et de schiste surnommée « la montagne sauvage ». Quelques heures après l’exploit des Népalais, Sergi Mingote, un Espagnol appartenant à une autre expédition, a trouvé la mort en redescendant vers le camp de base.

L’épreuve du « bottleneck »

C’est pourtant à l’approche du sommet, quand le corps et l’esprit en manque d’oxygène lâchent, que se concentrent toutes les difficultés. Il y a tout d’abord l’effrayante « cheminée », cinquante mètres de paroi ultra-raide de glace et de roc. Puis le « bottleneck », ou goulot d’étranglement, craint par tout grimpeur qui se respecte : un étroit couloir ultra-raide au-dessus duquel sont suspendus d’immenses blocs de glace prêts à céder. En août 2008, onze personnes y ont péri en deux jours, victimes de multiples avalanches. Ajoutez à cela l’hiver, terrible dans le Karakoram, le massif qui ferme à l’ouest la chaîne de l’Himalaya. Des vents supersoniques y soufflent jusqu’à 200 km/heure et de grosses dépressions venues de l’Atlantique et de la Méditerranée s’abattent sur les pics, entraînant d’impressionnantes chutes de neige.

Elisabeth Revol : « Mes proches essayaient de me retenir, mais je sentais qu’il fallait que je grimpe »

L’épopée des Népalais s’inscrit dans la tradition de l’himalayisme hivernal, une discipline de l’extrême inventée par les Polonais en 1980. Cette année-là, le pays, alors sous régime communiste, s’illustre en envoyant à la froide saison une vingtaine d’hommes à l’assaut de l’Everest. La performance vaut aux « guerriers des glaces », surnom qu’on leur donne alors, d’être félicités par le pape en individu.

Les Polonais, maîtres de l’hiver

Les Polonais sont restés maîtres de l’Himalaya en hiver des années durant, enchaînant sept des quatorze sommets de plus de 8 000 mètres jusqu’à la chute du mur de Berlin. D’autres nationalités (kazakhe, italienne, américaine, espagnole, népalaise) se sont depuis invitées dans la course, ne laissant fin 2020 plus qu’un seul obstacle infranchi en hivernale : le K2. En 2018, la jeune garde de l’alpinisme polonais s’y cassait les dents lors d’une grande expédition nationale. Parmi ses membres se trouvait Adam Bielecki, prodige de l’alpinisme, qui s’était détourné du K2 pour partir à la rescousse de la Française Elisabeth Revol, en perdition sur le Nanga Parbat, une montagne voisine.





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