Jaume Roures, le trotskiste qui tient l’avenir de la Ligue 1 dans sa main

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Génie des affaires mu par de grands principes, ou spéculateur sans scrupule séduit par le pouvoir ? En Espagne, chacun a son opinion sur Jaume Roures, patron du groupe de communication sino-espagnol Mediapro et détenteur en France des droits TV de la Ligue 1 de football. Une chose est sûre : ce Catalan frêle, aux lunettes rondes et au front dégarni de 70 ans, ne laisse pas indifférent.

Porté aux nues par la gauche radicale de Podemos, que ce trotskiste allergique à la cravate soutient, et par les indépendantistes, dont il a servi la cause au nom du « droit des peuples à l’autodétermination », il est honni par la droite, qu’il attaque dans les documentaires qu’il produit, par une fraction de la gauche, qui n’apprécie pas ses positions tranchées, et par une large part de la presse madrilène, qui se méfie de son pouvoir. Lui, lors d’une rencontre avec Le Monde, regrette la légende noire que ses « rivaux économiques ou politiques » ont construite à partir de « 90 % d’informations fausses, et 10 % qui ne sont pas sûres ».

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Qu’ils l’aiment ou le vilipendent, tous saluent la capacité d’influence de ce magnat des médias. Laquelle explique peut-être pourquoi, en Espagne, et en particulier en Catalogne, la presse a à peine relayé ses déboires en France où, à court de trésorerie, il n’a pas versé les 172 millions d’euros qu’il s’était engagé à payer à la Ligue 1 au 1er octobre. Et où il pourrait ne pas verser non plus la prochaine échéance de décembre, au risque de provoquer la faillite du foot français. Lui-même n’écarte pas ce risque : « Le Covid est en train d’entraîner l’économie à la ruine, pas seulement le football », rappelle-t-il, tout en se demandant ce que font les clubs français de leur côté pour s’adapter aux circonstances. « En Espagne, ils ont renégocié les salaires des joueurs », souligne-t-il. Malgré les difficultés, il garde confiance dans la capacité de résistance du groupe qu’il a cofondé en 1994. La même dont il a dû faire montre depuis l’enfance.

Flair indéniable

Né en 1950 dans le quartier barcelonais du Raval, au milieu des bordels et des voyous, c’est peu dire que Jaume Roures a grandi dans la misère. Enfant adopté, il a abandonné l’école à 12 ans. Adolescent, il travaille dans une imprimerie et enchaîne les passages en prison, sous Franco. Militant du Front ouvrier de Catalogne (FOC) puis de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), membre de la IVe Internationale, ce trotskiste convaincu est de tous les combats, de l’opposition à la dictature à la mobilisation active contre la guerre du Vietnam. Entre 1978 et 1981, il part même au Nicaragua, aux côtés des révolutionnaires sandinistes. A l’époque, on le surnomme « Mélan », comme « mélancolique », à cause de son air sérieux, ses yeux tombants et sa tendance à l’introspection. Personne alors n’aurait pu imaginer qu’il deviendrait un self-made-man au flair indéniable, négociateur redoutable de contrats millionnaires.

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