« N’oublions pas que les J.O. ont été interrompus pendant 1500 ans… »

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L’actuelle crise sanitaire mondiale, même s’il ne s’agit évidemment pas de sa conséquence principale, aura à l’évidence des répercussions considérables sur l’organisation et l’évolution du modèle sportif. Ces répercussions seront d’abord conjoncturelles et concerneront, une fois la pandémie terminée, les conditions de reprise des compétitions et leurs implications sur les situations financière et contractuelle de nombreux sportifs.

La passe d’armes, peu appropriée compte tenu du caractère dramatique de l’actualité, ayant opposé par voie de presse les présidents des clubs de l’Olympique de Marseille et de l’Olympique Lyonnais, a d’ailleurs montré que l’« union sacrée » ne résisterait probablement pas au retour de la vie « normale ».

Saison blanche ?

Ainsi, il conviendra très rapidement de se prononcer sur les modalités d’une éventuelle reprise des championnats nationaux et, dans l’hypothèse où celle-ci ne serait pas possible, de déterminer si la saison doit être considérée comme « blanche » ou s’il convient de figer les classements.

Si la Ligue nationale de handball a indiqué le 15 avril qu’elle annulait sa fin de saison et déclarait le PSG champion, sans toutefois reléguer le moindre club en division inférieure, la Fédération française de basket-ball a, quant à elle, décidé de mettre un terme aux championnats qu’elle organise et d’en geler les résultats. Plusieurs dizaines de clubs s’estimant lésés par cette décision ont déjà saisi le Comité national olympique et sportif français, dont la conciliation est, selon les règles issues du Code du sport, obligatoire avant la saisine du juge administratif.

Or, la réponse à cette question n’aura pas que des conséquences purement sportives mais conditionnera la survie de nombreuses formations : pour rappel, la participation d’un club de football à la lucrative Ligue des champions, déterminée en fonction du classement du championnat de l’année précédente, lui garantit a minima de percevoir une somme supérieure à 15 millions d’euros.

De même, à un niveau beaucoup plus modeste, l’accession, là encore sur le fondement du classement du championnat, d’un club évoluant en National (l’équivalent de la troisième division) à la Ligue 2 de football lui ouvre les portes du professionnalisme et lui permet, dès lors, de toucher une part des montants faramineux versés par les chaînes détentrices des droits télévisuels.

Ces problèmes réglés, il faudra se pencher sur d’autres questions et notamment décider du sort des contrats liant les joueurs professionnels à leurs clubs, ceux-ci expirent normalement le 30 juin, date à laquelle les compétitions ne seront, comme les annonces effectuées le 13 avril par le président de la République l’ont confirmé, pas terminées et n’auront peut-être même pas encore repris.

Le sport est-il si riche ?

Il faudra également décider d’un nouveau calendrier pour l’élection des présidents de fédérations sportives françaises, qui doit normalement se dérouler au plus tard le 31 décembre de l’année du déroulement des Jeux Olympiques, lesquels viennent d’être décalés d’un an. Bien que plus complexes et déjà sujettes à débats, ces questions sont minimes au regard des répercussions beaucoup plus structurelles que cette crise aura sur le devenir du phénomène sportif lui-même.

Elle aura, en effet, avant tout montré l’extraordinaire fragilité d’un secteur, lequel s’enorgueillit pourtant de générer environ 2 % du PIB mondial (soit plus de 1 200 milliards d’euros) et dont le marché des droits de retransmission des compétitions est évalué à environ 40 milliards d’euros par an. Comment est-il possible, compte tenu de ces chiffres vertigineux, qu’une interruption de quelques mois des compétitions soit de nature à faire courir un risque de dépôt de bilan à de nombreux clubs ?

Ce décalage a une signification profonde et laisse penser que le secteur sportif ne doit sa survie financière qu’à une augmentation ininterrompue des compétitions et des événements promotionnels organisés autour de ces dernières. Autrement dit, le modèle économique du sport ne serait viable qu’en se développant de manière effrénée sans se soucier ni des sportifs (dont la santé est mise à mal par ce rythme infernal) ni de la valeur des compétitions, dont la multiplication dévalue nécessairement le prestige.

Les conditions dans lesquelles les organisateurs de Roland-Garros, probablement effrayés par les conséquences économiques d’une annulation, ont annoncé, sans l’accord des représentants des joueurs et des principales instances dirigeantes du tennis, le report à la fin du mois de septembre de leur tournoi est, à cet égard, révélateur.

Les JO, arrêtés parce que trop païens

Les autorités à la tête du sport mondial seraient, dès lors, bien inspirées de prendre conscience du fait que, dans leur secteur comme dans beaucoup d’autres, la « vie d’après » ne sera plus la même et qu’il faudra probablement imaginer un système alternatif d’organisation des grands événements internationaux. Il leur appartient ainsi de prendre conscience qu’aucun système et qu’aucune activité humaine ne sont assurés de durer éternellement.

Sans aller jusqu’à prédire des lendemains aussi sombres, il suffirait à ceux qui président aux destinées du sport mondial de se retourner sur l’histoire des Jeux Olympiques pour s’en souvenir. Ces derniers avaient, en effet, douze siècles d’existence et de prestige derrière eux lorsqu’ils furent abolis, du fait de leur caractère païen et du détournement de leur esprit originel, en 393 par l’Empereur Théodose Ier. Il fallut attendre plus de 1 500 ans (et les Jeux d’Athénes, en 1896), pour qu’ils revoient le jour…


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