Peut-on attraper plusieurs fois la Covid-19 ?

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Peut-on être ré-infecté par le SARS-CoV-2 alors même qu’on a déjà développé la Covid-19 ? Cette question fait l’objet de nombreuses études et mobilise les chercheurs depuis le début de l’épidémie.

Lundi 12 août, une étude publiée dans la revue The Lancet Infectious Diseases par une équipe de chercheurs américains évoque de nouveau le risque de re-contamination. Les scientifiques rapportent le cas clinique d’un patient de 25 ans, suivi au Nevada (États-Unis) et testé positif une première fois en avril dernier, avec peu de symptômes. En juin dernier, après deux tests négatifs, ce dernier développe des symptômes sévères et se retrouve placé sous oxygène à l’hôpital. L’analyse de son dernier test positif au SARS-CoV-2 prouverait qu’il s’agit bien d’une nouvelle infection, indépendante de la première.

« Le degré d’immunité protectrice conférée par l’infection par le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-CoV-2) est actuellement inconnu. Et la possibilité d’une ré-infection n’est pas encore bien comprise », rappellent toutefois les auteurs de l’étude.

Combien de cas de ré-infection dans le monde ?

Au 12 octobre, selon The Lancet Infectious Diseases, cinq cas de ré-infection ont été formellement diagnostiqués à travers le monde : à Hong Kong, en Belgique, aux Pays-Bas, en Équateur et dans l’État du Nevada aux États-Unis. Une vingtaine d’autres cas auraient été identifiés, notamment en Corée du Sud et en Israël.

« Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas davantage de patients concernés », prévient le Pr Mark Pandori, auteur principal de l’étude. Pour être certain qu’il est question d’une seconde infection, une analyse génétique des prélèvements réalisés à chacune des infections doit être effectuée pour vérifier que les souches du virus soient bien différentes. Un dispositif lourd à mettre en œuvre à grande échelle, qui complique la détection des patients.

Cette situation semble rare, mais par précaution, les personnes ayant déjà été malades doivent donc continuer à respecter les gestes barrières et la distanciation physique.

Que sait-on sur la durée de vie des anticorps spécifiques au SARS-CoV-2 ?

En théorie, une individu déjà infectée par un virus est immunisée contre ce dernier. Lorsque notre organisme entre en contact avec un virus, il développe des anticorps spécifiques capables de reconnaître et de combattre plus efficacement ledit virus lorsqu’ils y sont à nouveau confrontés. C’est d’ailleurs sur ce principe que repose la vaccination et « l’immunité collective » : lorsque 60 % de la population a été en contact avec le virus, son taux de reproduction (le nombre de personnes contaminées par un malade), tombe à 1 et l’épidémie ne se propage plus, explique le mathématicien et épidémiologiste Jean-Stéphane Dhersin, au site 20 minutes. 

Dans le cas du SARS-CoV-2, une ombre pourrait s’ajouter au tableau :

« Il semblerait que les personnes infectées par le coronavirus perdent progressivement leurs anticorps, indique le Dr Pierre Zachary, pharmacien biologiste, responsable des sérologies infectieuses au sein du groupe de biologie médicale Biogroup-LCD. On reçoit actuellement des patients qui ont été testés positifs aux mois de mars et d’avril, mais qui, aujourd’hui, ont clairement perdu leurs anticorps ».

Et le spécialiste de poursuivre : « On perd probablement ses anticorps, de façon plus ou moins rapide en fonction de la sévérité de la maladie au départ. Les personnes qui perdent rapidement leurs anticorps pourraient avoir souffert de formes peu symptomatiques, voire asymptomatiques de la maladie. À contrario, il est possible que les malades très symptomatiques, ou ayant été hospitalisés en réanimation perdent moins vite leurs anticorps ». Un constat potentiellement dramatique pour la vaccination.

Dans le cas du patient hongkongais (premier patient officiellement re-diagnostiqué), quatre mois et demi se sont écoulés entre la première et la deuxième infection. 48 jours se sont écoulés dans le cas du patient américain. 

« Les exemples d’autres coronavirus, responsables de banals rhumes mais aussi du Sras et du Mers (épidémies qui ont éclaté en 2002 puis 2012, ndlr), montrent qu’il n’y a pas d’immunité à vie« , a récemment alerté Maria van Kerkhove,  responsable technique de la cellule chargée de la gestion de la pandémie à l’OMS

Réinfection au SARS-CoV-2 : faut-il s’inquiéter ?

Dans le cas des patients hongkongais, belge et hollandais, les symptômes de la deuxième infection se sont avérés « classiques » et légers. En revanche, dans le cas des patients équatorien et américain, The Lancet Infectious Diseases est plus alarmiste.

D’après les auteurs de l’étude sur le patient américain, cela pourrait s’expliquer :

  • par le fait qu’il ait été exposé à une dose très importante de virus la deuxième fois ;
  • par le fait qu’il ait été exposé à une souche plus virulente du virus ;
  • par le fait que la seconde infection ait été facilitée par la présence d’anticorps due à la première infection (comme cela peut être le cas avec la dengue). 

Le coronavirus pourrait aussi rester « en dormance » dans l’organisme

Lorsqu’un malade « guéri » en apparence présente des symptômes du coronavirus, il ne s’agit pas forcément d’une ré-infection. Plusieurs éléments pourraient prêter à confusion :

  • une défaillance des tests de dépistage
  • la possibilité que des échantillons aient été mal conservés ;
  • ou encore que la charge virale soit insuffisante pour être détectée. 

Mais selon l’hypothèse la plus probable, les patients en question souffriraient d’une infection prolongée au coronavirus, non d’une ré-infection. Autrement dit, le virus serait toujours présent dans leur organisme, sous forme de traces indétectables, et pourrait être « réactivé », en raison d’une maladie annexe par exemple. Mais là encore, le principe de précaution est de mise : « on continue d’apprendre », insiste le Dr Zachary.

Au vu de ces éléments, la communauté scientifique s’interroge de plus en plus sur la capacité d’un vaccin à protéger durablement contre la Covid-19. Des rappels réguliers pourraient s’avérer nécessaires.



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