Une Coupe du monde achetée ? Depuis 2010, des soupçons de corruption pèsent sur le Qatar

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Depuis l’attribution du Mondial-2022 au Qatar, l’émirat gazier est soupçonné d’avoir acheté la compétition. Les justices suisse, américaine et française enquêtent sur cette affaire en lien avec l’immense scandale de corruption qui touche la Fifa depuis 2015.

En 2010, individu ne misait un kopeck sur la candidature qatarie pour organiser la Coupe du monde 2022. Pourtant, c’est bien le petit émirat gazier qui organisera la plus grande compétition de football du 20 novembre au 18 décembre. Depuis, ce retournement de situation en sa faveur, le Qatar est soupçonné d’avoir acheté le vote du comité exécutif de la Fifa, mobilisant les justices suisse, américaine et française.

Le petit émirat est loin d’être le premier pays organisateur soupçonné de corruption, puisque des doutes pèsent sur le Mondial-2018 en Russie, le Mondial-2010 en Afrique du Sud et plus encore le Mondial-2006 en Allemagne, qui n’a échappé à un jugement en Suisse qu’en raison de la prescription survenue en plein procès. Mais le dossier qatari a pris un relief particulier pour deux raisons : sa coïncidence temporelle avec le vaste scandale qui a décapité en 2015 l’exécutif de la Fifa, et l’intensité des liens politiques et économiques tissés par le Qatar, notamment avec la France, créant de possibles contreparties à l’obtention des voix européennes.

Des critiques américaines et une enquête interne

Dès la victoire surprise du Qatar face aux États-Unis au quatrième tour de scrutin, le 2 décembre 2010, le président américain Barack Obama avait critiqué une « mauvaise décision » et la presse anglo-américaine crié au trucage.

Non seulement ce micro-État gazier ne disposait pas des infrastructures requises et n’avait quasiment aucune tradition sportive, mais son climat brûlant a nécessité de déplacer le tournoi à l’automne, quand les championnats européens battent son plein.

En août 2012, la chambre d’instruction du comité d’éthique de la Fifa a engagé une enquête sur l’attribution des Mondiaux-2018 et 2022, dirigée par l’ancien procureur américain Michael Garcia.

Mais à la remise de son rapport en novembre 2014, la chambre de jugement n’a reconnu aucune preuve de corruption, relevant seulement « des comportements douteux », au grand dam de Michael Garcia.

Une plainte a toutefois été déposée fin 2014 auprès de la justice suisse, qui enquête depuis mai 2015 pour « blanchiment d’argent et gestion déloyale », parallèlement à de multiples scandales liés au football mondial.

Le Fifagate emporte tout

Car au printemps 2015, les soupçons autour du Qatar ont pris un relief nouveau avec l’arrestation par la police suisse de sept hauts dirigeants du football en marge du congrès de la Fifa, à la demande des autorités américaines.

L’affaire – portant pour l’essentiel sur des accusations de corruption liées à l’attribution de droits marketing et de droits TV de compétitions sud-américaines – n’a pourtant, formellement, rien à voir avec le vote de décembre 2010.

Mais une cascade d’enquêtes disciplinaires et judiciaires ont depuis mis au ban, voire en prison, la quasi-totalité des votants de 2010 et fini par emporter le président de la Fifa de l’époque, Sepp Blatter.

Enfin, dans un acte d’accusation d’avril 2020, une cour de justice de New York évoque parmi d’autres charges de possibles pots-de-vin touchés par cinq ex-membres du Comité exécutif en échange de leurs votes pour la Russie (Mondial-2018) et le Qatar, sans que l’affaire n’ait été jugée depuis.

Un scandale français ?

Depuis 2019, la justice française enquête de son côté pour « corruption active et passive » sur un déjeuner tenu le 23 novembre 2010 entre Nicolas Sarkozy, alors président de la République, deux hauts dirigeants qataris et Michel Platini, à l’époque patron de l’UEFA.

Tout l’enjeu est de comprendre si des contreparties ont été négociées avec le Qatar en échange du vote de Michel Platini, qui a apporté les quatre voix européennes à l’émirat après avoir initialement envisagé de soutenir les États-Unis.

Or, les relations du Qatar avec la France sous la présidence Sarkozy offrent aux investigations une toile de fond complexe : six mois après ce déjeuner, en mai 2011, le Paris SG a été racheté par le fonds qatari QSI pour 76 millions d’euros au fonds américain Colony Capital, dirigé en France par un proche de Nicolas Sarkozy.


Dans une enquête conjointe diffusée le 13 octobre, France Télévision et Radio France ont par ailleurs révélé une note de la cellule diplomatique de l’Élysée en vue du déjeuner du 23 novembre 2010, prévoyant d’aborder, outre le Mondial, les sujets « avions de combat » et « défense anti-missile globale ».

Interrogé, l’ex-secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant a confirmé « des discussions avec le Qatar » sur la vente d’avions Rafale finalement conclue en 2015, sous la présidence de François Hollande, mais écarté tout lien avec l’attribution du Mondial.

Avec AFP





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